Revue Française de la recherche
en viandes et produits carnés

ISSN  2555-8560

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Résumés - Economie et Consommation

Alors que la viande se retrouve au centre de nombreux débats sociétaux — environnement, santé, bien-être animal, alternatives végétales — les connaissances scientifiques sont souvent fragmentées, voire déformées. L’ouvrage La viande n’a pas dit son dernier mot (Éditions du Rocher, 2026) propose une mise au point fondée sur les données actualisées de la recherche, en adoptant une approche pédagogique et nuancée. Il s’adresse aux professionnels des filières d’élevage, aux enseignants, aux étudiants, mais également aux consommateurs désireux de mieux comprendre les enjeux associés à la place de la viande dans l’alimentation et dans les territoires. Cet article présente les grandes thématiques abordées dans l’ouvrage : l’intérêt nutritionnel de la viande, son rôle dans les systèmes alimentaires, ses impacts environnementaux, ainsi que l’analyse des principales alternatives (végétales, fermentaires ou in vitro). Il propose une lecture synthétique de l’état actuel des connaissances scientifiques, ainsi qu’un éclairage sur les principaux mythes et croyances qui entourent la consommation de viande.

Une étude menée par CERESCO pour INTERBEV, basée sur les projections de l’Institut de l’Élevage, évalue les conséquences socio-économiques, environnementales et territoriales d’une baisse de 19 % du cheptel de vaches mères d’ici 2030. Cette contraction, équivalente à la perte enregistrée entre 1960 et 2000, entraînerait une réduction de 20 % des animaux finis, menaçant 37 000 emplois directs et indirects, principalement dans les zones rurales (Massif Central, Ouest). Les prairies permanentes, couvrant 44 % de la SAU, pourraient perdre 1,4 Mha, avec des risques de retournement en cultures, d’artificialisation ou d’enfrichement, affectant paysages, biodiversité et stockage de carbone (jusqu’à 64 Mt éq CO₂ libérées dans le scénario le plus pessimiste).
La balance commerciale deviendrait déficitaire (–330 M€ contre +740 M€ aujourd’hui), en raison d’un découplage entre une consommation stable (–4,3 %) et une production en chute (–18,5 %), accélérant les importations de viande. Bien que les émissions de GES nationales diminuent (–18 %), celles liées aux importations pourraient doubler (10 Mt éq CO₂/an), annulant les gains climatiques. La réduction des effluents bovins (–18 % d’azote organique) augmenterait la dépendance aux engrais minéraux (+18 kt d’azote), tandis que la disparition des prairies dégradera les services écosystémiques (biodiversité, qualité des sols).
Cette transition soulève des enjeux de souveraineté alimentaire et de résilience territoriale, nécessitant un accompagnement des filières pour concilier transition écologique et maintien des externalités positives de l’élevage (stockage de carbone, entretien des paysages).

Le 4ème Forum international sino-français sur le développement de la production bovine s’est déroulé en juillet 2025 à Changchun, capitale de la province du Jilin, dans le Dongbei. L’événement, qui marquait le 20ème anniversaire de la création du Centre sino-français de recherche et de développement sur les bovins, a accueilli différents experts, chercheurs et professionnels. Les présentations ont porté sur l'expérience de la France en matière de production et de consommation de viande bovine de haute qualité, sur l’évolution de la filière bovine en Chine, sur le développement du système européen 3G (Global Guaranteed Grading), sur les tests génomiques et enfin sur l'expérience des éleveurs français de bovins de race Limousine.

En dix ans, la consommation de viande va poursuivre sa croissance et tirer la production mondiale, selon le rapport Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2025-2034. Du fait de l’augmentation rapide de la population et des revenus, 45% de la croissance de la consommation mondiale se produira dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Par habitant, la consommation totale de viande ne devrait cependant progresser que de 3% pour atteindre 29,3 kg en équivalent poids comestible au détail (epd) par habitant/an, une augmentation moitié moins élevée qu’au cours de la décennie précédente. Dans la plupart des pays à revenu élevé, la croissance de la consommation de viande par habitant continuera en effet de ralentir. Dans ces dix prochaines années, la volaille renforcera sa position dominante dans le secteur de la viande, puisqu’elle représentera 62% du volume total de viande supplémentaire produit dans les dix années à venir.

Les interrogations sur la consommation des produits carnés dans une alimentation durable sont devenues de plus en plus nombreuses. Les injonctions à réduire la consommation de produits carnés ajoutées aux préoccupations en termes de santé, d’écologie ou de citoyenneté du consommateur orientent une part d’entre eux, en marge des habitudes et des normes plus courantes, vers une alimentation plus durable et donc plus végétale. Néanmoins, l’attachement à la viande se traduit par une érosion relativement lente de la consommation au regard d’une multiplicité de facteurs. L’érosion des viandes boucherie place désormais la volaille en tête des espèces consommées.

Depuis 2011, l’IFIP calcule, à l’intention d’INAPORC et des acteurs de la filière porcine française, un indicateur de la compétitivité des filières porcines des cinq principaux producteurs de l’Union européenne : France, Allemagne, Danemark, Espagne et Pays-Bas. Ce travail est financé par INAPORC. L’indicateur analyse plus de 85 variables réparties en 8 thèmes : macroéconomie, alimentation animale, élevage, entreprise de l’aval, dynamisme de la production, commerce extérieur, dynamisme de la consommation intérieure et organisation des filières. Dans cette seconde partie sont présentés les résultats obtenus dans les quatre derniers thèmes : dynamisme de la production, commerce extérieur, dynamisme de la consommation intérieure et organisation des filières. En 2022, la production de porc en Europe est en retrait. Toutefois, les évolutions sont hétérogènes selon les pays, avec des reculs massifs pour certains. En matière de commerce extérieur, la demande internationale s’est légèrement contractée, mais est restée forte, affichant des records historiques. La France et l’Espagne ont vu leur consommation croître sensiblement dans un contexte de reprise de la consommation hors domicile. Enfin le rapport présente les caractéristiques structurelles de chacune des filières porcines étudiées, ainsi que les faits marquants de l’année pouvant modifier ces spécificités. Mais ce thème n’est pas pris en compte dans le calcul du score global présenté en conclusion.

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Edito

Le défi du hors domicile

Le développement des enseignes de restauration rapide à bas coût en France a occupé la Une des journaux ces dernières semaines. Les articles de presse se sont notamment beaucoup inquiétés de l’origine et de la qualité des viandes mises en œuvre dans ces établissements. La question est loin d’être anodine pour les filières françaises. Le hors-domicile constitue en effet depuis quelques années le principal moteur de la consommation de viandes en France. Aucune espèce n’y échappe. En volaille, la part de la RHD s’élève à 37 %, le débouché ayant gagné plus de 10 points en 5 ans et près de 30 points en 20 ans, selon l’Itavi. En produits porcins, les ventes de porc hors-domicile ont progressé l’année dernière de +2,8 % selon l’IFIP (contre +2,3% à domicile). Quant à la viande bovine, la dernière étude Où va le bœuf ? menée par l’Idele observait que la RHD constituait le second débouché de cette catégorie en 2023 avec 27% des volumes, gagnant plus de 3 points par rapport à 2017.
La place que pourront et devront prendre les viandes françaises dans ces circuits constituent donc un enjeu essentiel pour leur avenir. Les intervenants aux conférences organisées par l’ADIV en novembre dernier à l’occasion des 50 ans de l’institut technique agro-industriel de Clermont-Ferrand ne s’y sont pas trompés. Lors de ces échanges placés sous le signe de la prospective, l’alimentation y a été décrite comme "de plus en plus utilitaire, intercalaire et imbriquée à nos autres activités quotidiennes", avec "une réduction des temps de cuisine et de repas, un fractionnement des prises (…) et une alimentation nomade". Des évolutions de comportement qui réclament une adaptation des produits mais aussi des process des entreprises, ont également convenu les participants à cette réunion auquel VPC consacre un article.
Mais la relégation de l’alimentation a des fonctions purement utilitaires, déconnectées de toute considération économique, politique, nutritionnelle et même éthique est-elle pour autant une fatalité ? Non, estiment les professionnels de la viande. Dans un communiqué diffusé le 4 mai dernier, l’interprofession bovine et ovine Interbev a appelé élus et gouvernement à leurs responsabilités en matière de restauration collective, sur laquelle les pouvoirs publics peuvent agir, notamment au travers des lois EGAlim et Climat & Résilience qui fixent des objectifs ambitieux de 60% de viandes durables et de qualité en restauration collective. Les cantines "constituent un levier immédiat et stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire nationale et garantir la pérennité de la filière Elevage et Viande en France", écrit l’interprofession. Au-delà des enjeux économiques, la restauration collective joue également "un rôle central en matière de santé publique et d’équité sociale", rappellent les professionnels qui réclament que la cantine devienne "un lieu d’apprentissage des repères alimentaires et des bases d’une alimentation équilibrée".
En votant en février dernier, à l’unanimité, une proposition de loi instaurant l’expérimentation d’un enseignement d’éducation à l’alimentation à l’école par les établissements scolaires volontaires ("à titre expérimental et pour une durée de trois ans"), l’Assemblée nationale a fait un pas dans le bon sens en œuvrant pour que les futurs consommateurs comprennent que leur comportement alimentaire conditionne leur santé mais aussi le monde qui les entoure. Encore faudra-t-il que la place de la viande durable et de qualité dans l’équilibre alimentaire y soit pleinement reconnue dans les programmes.
Dans ce numéro de VPC, vous retrouverez également un article sur "une meilleure estimation de la contribution du méthane venant de l’élevage au réchauffement climatique", un autre sur "l’impact de la cuisson et du refroidissement sur le développement et la toxinogenèse de Clostridium botulinum" dans le jambon cuit, une synthèse du rapport de la mission d'appui à la filière de la sélection animale des ruminants et enfin deux articles sur la merguez "enrichie en spiruline à base de viande de dromadaire" et sur la qualité sensorielle des variantes de kilichi produites au Niger. Bonne lecture.

Jean-François HOCQUETTE et Bruno CARLHIAN