La revue Viandes et produits carnés

La revue française de la recherche en viandes et produits carnés  ISSN  2555-8560

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Présentation de l’UMT SeSAM

 

L’UMT SeSAM étudie les services rendus par les Systèmes allaitants multiperformants. 
 
elevage agroecologieLes objectifs de l’UMT SeSAM sont d’étudier les systèmes allaitants, bovins, ovins et équins pour améliorer l’efficience de production, adapter leurs produits aux marchés porteurs de plus-value, et intégrer les enjeux globaux et les attentes sociétales dans les systèmes d’élevage allaitants.
 
INTRODUCTION 

Imaginées en 2006 par le ministère chargé de l'Agriculture, les Unités Mixtes Technologiques (UMT) visent à faire collaborer des équipes de recherche publique et des organismes techniques professionnels (instituts techniques agricoles ou agro-industriels) sur des projets de recherche-développement à vocation nationale, construits et menés en commun autour de thématiques prioritaires pour le développement des secteurs agricoles et agro-alimentaires. Ce rapprochement des acteurs est favorisé par leur regroupement géographique.

L’UMT SeSAM associe l’Unité Mixte de Recherche sur les Herbivores qui a pour tutelles INRAE et un établissement d’enseignement supérieur et de recherche (VetAgro Sup), l’Institut de l’Elevage (IDELE), l’Institut Français du Cheval et de l’Equitation (IFCE) autour de la problématique des « Services rendus par les Systèmes Allaitants Multiperformants ». Elle a été labellisée en 2017 pour une durée de cinq ans et s’inscrit dans la continuité des UMTs « Productions Allaitantes et Systèmes Fourragers » (PASF, 2007-2012) et « Systèmes Allaitants, Fourrages, Environnement » (SAFE, 2012-2017).
Le programme de travail de l’UMT SeSAM porte sur la multiperformance des élevages allaitants et les services qui lui sont associés pour répondre aux enjeux de rentabilité des exploitations, de sécurisation et d’adaptation face aux aléas (climatiques, économiques…), mais aussi de réponses aux attentes sociétales (empreinte environnementale, bien-être animal…), de modernisation et d’attractivité du métier d’éleveur.

Image 1 : Logo de l’UMT SeSAM et des organismes signataires
UMT SeSAM

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I. CONTEXTE ET ENJEUX

L’élevage allaitant contribue fortement au maintien d’activités sociales et économiques dans les grandes régions herbagères. En effet, les 81 000 détenteurs de vaches allaitantes (VA), 34 000 détenteurs de brebis allaitantes et 30 400 détenteurs de juments saillies en 2018 (pour 3,8 millions de VA, 3,7 millions de brebis et 1,0 millions d’équidés, source Idele, 2020 a et b, ECUS, 2019) exploitent plus d’un tiers de la SAU française, et essentiellement des prairies dont les 2/3 sont permanentes. Les femelles allaitantes (et l’ensemble des catégories animales pour les équins) valorisent ces surfaces qui fournissent de nombreux services environnementaux (stockage de carbone, biodiversité végétale et animale…) et maintiennent des paysages ouverts.
La France produit 1,27 millions de Tonnes Equivalent Carcasse (TEC) de viande bovine, soit l’équivalent de 98% de la consommation française et 83 000 TEC de viande ovine, soit l’équivalent de 51% de la consommation française (Idele, 2020 a et b). En termes d’emplois et dans le contexte français, la production de 100 TEC de viande bovine et ovine mobilise respectivement 11,4 et 42 équivalents temps plein (ETP), soit une estimation de 145 000 ETP pour la filière bovin viande et 34 900 ETP pour la filière ovin viande en emplois directs et indirects sur le territoire (Lang et al., 2015 – GIS Elevage Demain). Pour la filière équine, ce sont près de 180 000 personnes qui sont employées, dont 30% au titre de l’activité principale (Réseau Economique de la Filière Equine, 2016).
La première ressource alimentaire des systèmes allaitants est la ressource fourragère. Ainsi, la part de fourrages dans l’alimentation des bovins est en moyenne de 90%, dont 80% d’herbe (Devun et al. 2012). La proportion d’herbe varie de 66% pour des naisseurs-engraisseurs de jeunes bovins à 85% pour des naisseurs spécialisés. Pour les systèmes ovins, la part des fourrages grossiers dans l’alimentation est estimée à 87% dont 83% d’herbe (Jousseins et al., 2014). Enfin, pour les systèmes équins, la part de fourrages dans l’alimentation varie de 40% pour les chevaux de haut niveau (course, sport) à 80-100% pour les chevaux à faibles besoins (Edouard et al., 2009). Globalement, la proportion de fourrage dans la ration varie en fonction i) des potentialités fourragères des territoires (montagnes, plaines herbagères, cultures fourragères ou zones pastorales), ii) des objectifs de production (naisseurs, engraisseurs pour les ovins et bovins, course, sport de haut niveau, loisir ou viande pour les équins) et iii) de la capacité des éleveurs à réaliser des stocks.
Les revenus structurellement bas des éleveurs (autour de 20 000 € de Revenu courant avant impôts par unité de travail annuel non salariée (RCAI/UTANS) pour les exploitations de bovins allaitants, entre 15 000 et 20 000€ de RCAI/UTANS pour les ovins allaitants et moins de 15 000€ d’EBE/UMO (Excèdent brut d’exploitation par unité de main d’œuvre) pour les éleveurs spécialisés en chevaux de selle) sont très dépendants des subventions de la PAC dans le cas des exploitations élevant des ruminants (entre 100% et 200% du RCAI) (Agreste 2020). À cette situation économique s’ajoute la concurrence avec les viandes d’importation en provenance principalement du Royaume-Uni et de l’Irlande pour la viande ovine, et avec la viande issue du troupeau laitier pour les gros bovins. Le marché des bovins maigre dépend principalement du marché italien qui, pour le moment, est relativement stable et solvable, alors que les marchés vers les pays tiers sont très aléatoires.
Afin d’améliorer leur acceptabilité auprès des citoyens et des consommateurs, les productions allaitantes doivent répondre aux grands types d’enjeux sociétaux décrits par Delanoue et Roguet (2015) :
- l’impact environnemental de la production ;
- le risque sanitaire ;
- le bien-être animal.
Construire des systèmes d’élevage proposant une meilleure rentabilité de la production, plus de sécurité et d’adaptation face aux aléas (changement climatique entre autres) et des réponses aux attentes sociétales (prix, qualité, respects de l’environnement et du bien-être animal…), nécessite de considérer l’ensemble des services fournis par les productions allaitantes. Tel est précisément l’objectif de l’UMT SeSAM.


II. PROGRAMME DE L'UMT SeSAM

1. Objectifs généraux

Dans ce contexte, le programme de l’UMT SeSAM s’appuie sur le cadre d’analyse proposé par le GIS Elevage Demain (Ryschawy et al., 2015) pour appréhender la multiperformance et les compromis réalisés par les services rendus au niveau d’une exploitation (Devun et al., 2016), d’une filière, d’une race (Agabriel et al., 2014) ou d’un territoire. Au sein de ce cadre, les objectifs ont été déclinés à différents niveaux :
- poursuivre l’amélioration de l’efficience globale des systèmes de production en développant des conduites fourragères et animales adaptées aux contextes des milieux et aux enjeux de durabilité,
- adapter les produits issus des exploitations aux marchés porteurs d’avenir et de plus-value pour les éleveurs. L’optimisation des coûts de production via les travaux sur l’efficience des techniques de production sera ainsi complétée de recherches pour une meilleure valorisation des divers produits,
- intégrer les enjeux globaux et les attentes sociétales exprimées en matière d’environnement, de bien-être des animaux et les attentes des éleveurs en matière de travail.
Dans la prolongation du programme scientifique, l’UMT favorise le transfert et la diffusion des résultats des projets de recherche et développement sur sa thématique.

2. Programme scientifique

Les recherches sont organisées autour de 3 trois grands axes de travail thématiques interdépendants ; l’axe 1 se concentre sur l’étude de la multiperformance à l’échelle de l’exploitation, de la filière ou du territoire et s’appuie sur les deux autres axes qui étudient pour l’axe 2, les composantes biotechniques au sein du système d’exploitation, et pour l’axe 3 les leviers d’amélioration et de segmentation des produits mis en marché. Un quatrième axe transversal vient soutenir l’animation de l’UMT en facilitant la diffusion et le transfert des résultats des travaux en interne et en externe.

Figure 1 : Axes de travail de l’UMT

UMT SeSAM Fig1

a- Construction et évaluation de la multi-performance des productions allaitantes

La finalité de cet axe est de proposer, à l’échelle du système de production, des démarches permettant d’évaluer les bouquets de services (production, économique, et environnement principalement) fournis par les productions allaitantes et de les améliorer. Pour cela il est nécessaire d’identifier les compromis possibles entre les différents services au niveau de l’exploitation. Les complémentarités entre les exploitations (Baumont et al., 2014) sont également à prendre en compte à l’échelle d’une filière ou d’un territoire.
Les actions conduites s’organisent autour de 3 thématiques :
- la multiperformance à l’échelle des exploitations étudie les compromis réalisés par les systèmes allaitants en particulier les systèmes jusque-là peu investigués tels que les systèmes diversifiés, mixtes ou conduits en agriculture biologique ;
- la multiperformance à l’échelle des filières et des territoires s’intéresse aux articulations possibles entre différents types d’exploitations et à évaluer la performance globale de ces combinaisons de systèmes :
- les méthodes d’évaluation multicritère et aide au pilotage viennent en appui méthodologique des autres thématiques pour l’étude de nouveaux critères d’évaluation de la multiperformance adaptés aux productions allaitantes (ex : efficience protéique nette ou l’albedo des prairies ) et pour la mutualisation des grilles d’évaluation multicritère.

b- Gestion innovante des ressources fourragères et animales

Cet axe de travail a pour objectif de définir et de proposer des itinéraires techniques et des conduites d’élevage permettant de combiner les performances de production à l’échelle de l’animal et du troupeau et les performances environnementales à l’échelle de l’exploitation (Baumont et al., 2014). Les actions conduites relèvent de 3 thématiques principales :
- l’efficience du système troupeau-ressources qui passe par une meilleure valorisation des ressources alimentaires et une moindre utilisation de celles en compétition avec l’alimentation humaine (céréales notamment). Il s’agit d’explorer les potentialités de nouvelles ressources alimentaires (nouvelles espèces fourragères, surfaces additionnelles, arbres…) et les complémentarités entre ressources alimentaires, y compris celles dites multifonctionnelles, présentant des propriétés spécifiques d’intérêt pour les animaux (par exemple, propriétés antiparasitaires liées aux tanins…) ;
- l’efficience alimentaire des animaux qui s’appuie à la fois sur i) les caractéristiques des individus en lien avec leur potentiel génétique pour la valorisation des ressources, ceci en collaboration avec les UMTs génétiques (UMT e-BIS qui fournit des méthodes et des outils pour la mise en œuvre de la sélection génomique chez les bovins laitiers et allaitants ; UMT GPR qui travaille sur la sélection Génomique des Petits Ruminants pour un élevage durable.) ; ii) et la complémentarité entre les espèces animales cibles de l’UMT afin de valoriser de façon optimale les ressources alimentaires disponibles. L’impact de la mixité est mesuré sur les performances animales (GMQ, parasitisme, …) et sur l’état de la prairie (biodiversité, séquestration du carbone, …) ;
- l’"élevage de précision" qui vise une meilleure connaissance des ressources alimentaires et animales (phénotypage des ressources) et une aide au pilotage des exploitations par l’utilisation de nouvelles technologies dans le domaine des capteurs et des systèmes d’informations.

c- Augmentation de la valeur ajoutée pour les productions allaitantes

Cet axe de travail a pour objectif d’identifier à l’échelle des filières allaitantes les leviers techniques et les voies de segmentation permettant de combiner niveaux de production et rentabilité économique des produits. Ainsi, il s’agit d’apporter des éléments pour une meilleure adéquation entre les produits issus des exploitations allaitantes et la demande du marché. Il s’agit aussi d’apprécier les voies de valorisation adaptées aux spécificités de ces productions, dans le but de permettre la création de valeur ajoutée et sa redistribution jusqu’à l’éleveur.

Le programme de travail s’inscrit dans trois directions :
- guider les orientations de productions (types de produits et modes de production) en lien avec les attentes des consommateurs et citoyens, en intégrant les besoins et contraintes de la filière. L’objectif est d’identifier les voies de segmentation et/ou de différenciation les plus adaptées aux contextes et spécificités des productions allaitantes pour créer davantage de plus-value, et d’en définir les conditions de réussite. Ces créneaux, jugés porteurs d’avenir, concilient tout ou partie des caractéristiques intrinsèques et extrinsèques des produits. La capacité à construire des démarches de filière apportant une juste plus-value à l’éleveur est systématiquement considérée. Les caractères extrinsèques des produits sont étudiés, en lien avec l’axe 1, qui porte sur la construction et l’évaluation de la multiperformance ;
- caractériser pour mettre en valeur les atouts des produits allaitants, tout en s’attachant à en réduire les faiblesses potentielles. Un tel défi est encore très largement freiné par le manque d’indicateurs et d’outils de mesure. Une partie des travaux porte sur le développement d’outils de caractérisation et de prédiction de la qualité des produits en tirant profit des nouvelles opportunités offertes par les avancées récentes dans les domaines des nouvelles technologies (imagerie, spectroscopie, génomique ...) ou encore des systèmes d’informations et des travaux de modélisation. Ces outils enrichissent les possibilités de description des produits mis sur le marché ;
- adapter les qualités intrinsèques et extrinsèques des produits aux attentes des marchés visés en mobilisant les leviers disponibles en élevage. Il s’agit de compléter les connaissances sur les liens entre facteurs de production et qualités intrinsèques et extrinsèques des produits pour améliorer les conduites actuelles des animaux. De nouveaux systèmes d’élevage sont également recherchés en vue de répondre aux nouvelles attentes des filières.

III. EXEMPLES DE PROJETS AUXQUELS L’UMT SeSAM PARTICIPE

L’UMT SeSAM s’appuie pour la conduite de ses projets sur des réseaux de stations expérimentales bovins, ovines et équines (à travers l’Herbipôle et le réseau des fermes expérimentales FarmXP et les fermes expérimentales du Mourier et de Chamberet) ainsi que sur la base de données des dispositifs Inosys-Réseaux d’Elevages. Ces outils permettent des études à l’échelle de l’animal, du lot ou du système.

Figure 2 : Carte du réseau des stations expérimentales

UMT SeSAM Fig2

1- Le projet européen « SustainBeef » (Eranet Susan) :

SustainbeefLes productions de ruminants sont critiquées pour leur faible rendement de conversion des ressources naturelles en aliments comestibles (consommation d'eau, utilisation des terres et de la biomasse) par rapport aux autres productions alimentaires (Gerber et al, 2015). Néanmoins, les ruminants ont la capacité de valoriser des ressources non consommables par l’homme (fourrage grossier, coproduits de la production de biocarburants ou de l’agro-alimentaire) et devraient donc pouvoir contribuer à la sécurité alimentaire humaine en limitant la compétition entre alimentations animale et humaine pour l’utilisation des ressources. Partent de ce constat, le projet SustainBeef s’est attaché à évaluer la contribution à la sécurité alimentaire de 16 systèmes de production de viande bovine européens et à étudier l’impact de l’implémentation d’innovations visant à réduire la compétition entre alimentation animale et alimentation humaine sur la durabilité des systèmes.

Ce projet européen qui fait partie de l’EraNet-Susan, réseau de recherche européen sur la durabilité des systèmes d’élevage, démarré en 2017 et finissant fin 2020 est piloté par le CRA-Wallonie (Belgique) et associe des partenaires de Belgique (ELEVEO-AWE), Allemagne (Université de Bonn), France (INRAE-UMRH et Institut de l’Elevage), Italie (CREA) et Irlande (Teagasc et Université de Dublin).
Seize systèmes de production représentatifs de la diversité de la production de viande bovine (variété de ressources végétales, contextes territoriaux et d’orientations de production) dans les pays partenaires du projet ont été décrits (Mosnier et al., 2020) et modélisés dans l’outil FarmDyn (Lengers et al., 2014) qui a été adapté pour prendre en compte les spécificités des systèmes sélectionnés. Une grille d’évaluation multicritères reprenant les trois piliers de la durabilité a été créée avec une attention particulière portée à la sécurité alimentaire. Cette dernière est basée sur la production alimentaire pour l’Homme à l’échelle de l’exploitation, l’efficience protéique et énergétique nette (Laisse et al., 2018) qui évalue la compétition entre alimentations animale et humaine pour la production de protéines et d’énergie, la mobilisation de surfaces pour la production de viande bovine et le coût de production de la viande et des protéines consommables par l’homme à l’échelle de l’exploitation. Enfin, des « focus groups » réunissant des éleveurs et des représentants de la filière ont été organisés afin d’identifier des innovations pertinentes pour les systèmes visant à réduire la compétition entre alimentations humaine et animale (Melchior et al. 2020). Ces innovations ont été modélisées et leur impact sur la durabilité globale du système a été évaluée (résultats en cours de finalisation).

2- Le projet national « BeefAlim2020 » : Améliorer l’efficience alimentaire et réduire l’impact environnemental des bovins allaitants

BeefalimL’efficience alimentaire correspond, à l’échelle de l’animal, à l’aptitude à convertir les nutriments de son alimentation en produits consommables par l’homme. L’efficience alimentaire a un impact sur les performances économiques des élevages, l’alimentation représentant 25 à 30% du coût de production hors main d’œuvre d’un naisseur engraisseur ; sur les performances environnementales par la réduction des émissions polluantes (GES, azote…) ; et sociétales par la réduction du recours aux concentrés et ainsi la réduction de la compétition avec l’alimentation humaine. Il convient donc d’améliorer l’efficience alimentaire sur l’ensemble des animaux du troupeau : le troupeau de mères et les génisses de renouvellement alimentées avec des rations à base de fourrages riches en cellulose et les animaux en finition alimentés avec des rations plus denses en énergie et riches en amidon.

Construit au sein des UMTs SeSAM et eBIS, le programme BeefAlim 2020 cherche à comprendre le déterminisme génétique et les mécanismes biologiques à l’origine des variations individuelles de l’efficience alimentaire. Cela permettra de donner la possibilité aux organismes de sélection d’intégrer au mieux l’efficience alimentaire dans la sélection génomique des bovins allaitants. Pour cela, il s’appuie sur :
- un dispositif animal comprenant 600 jeunes bovins, 600 génisses et des pères d’Insémination Artificielle choisis conjointement par INRAE et les entreprises de sélection charolaises pour assurer le lien génétique entre le maximum d’animaux phénotypés ;
- le phénotypage de l’efficience alimentaire des 600 jeunes bovins précités, conduits sous 2 régimes alimentaires contrastés (régimes riches en amidon vs cellulose) ;
- la caractérisation de l’efficience alimentaire et de la précocité des 600 génisses précitées, et la permanence de celles-ci au cours de leur vie productive ;
- la recherche de biomarqueurs de l’efficience alimentaire et la compréhension des déterminants biologiques à l’origine des variations individuelles de l’efficience alimentaire ;
- l’étude des interactions entre génétique et nutrition, les interactions entre génétique et périodes de la vie et les conséquences sur les stratégies de sélection génomique.

Pour ce faire, le projet s’est appuyé sur un partenariat entre INRAE, Idele, les chambres d’agriculture de Bretagne, Vendée, et Saône-et-Loire, Allice, Charolais Univers et Gènes Diffusion et a bénéficié du soutien financier d’APIS-GENE et du ministère de l’agriculture et de l’alimentation.
Pour les jeunes bovins, il a été montré que les critères d’efficience alimentaire sont héritables et sélectionnables, la Consommation Moyenne Journalière Résiduelle (CMJR) a une héritabilité de 0,22 ± 0,35, le Gain Moyen Quotidien Résiduel (GMQR) de 0,22 ± 0,11 et le rapport d’efficience alimentaire (EA, production sur consommation) de 0,18 ± 0,10 (Fossaert et al., en cours de publication) (Taussat et al., [en cours de publication]). Les corrélations génétiques estimées entre les pères testés dans les stations de contrôle de performance, nourris avec un aliment condensé sous forme de bouchons, et leurs descendants, nourris à l’ensilage, sont de 0,58 ± 0,24 pour la CMJR, 0,82 ± 0,33 pour le GMQR et 0,77 ± 0,38 pour l’EA. L’effet du type de régime sur l’efficience alimentaire est présent mais reste toutefois assez limité. Cela offre la possibilité de phénotyper et d’imaginer un schéma de sélection sur l’efficience alimentaire avec une mesure des consommations à l’aide de distributeurs automatiques de concentrés et/ou d’auges peseuses. L’abondance naturelle de l’azote 15 dans le plasma a été validé comme biomarqueur permettant de discriminer les animaux les plus et les moins efficients (Meale et al., 2017 ; Nasrollahi et al., 2020 ; Cantalapiedra-Hijar et al., 2020 ; Guarnido et al. [en cours de publication]). Des analyses poussées sur le métabolome plasmatique a révélé des mécanismes biologiques communs aux deux régimes, tels que la composition corporelle et l’efficience d’utilisation de l’azote alimentaire (les plus efficients sont plus maigres et valorisent mieux l’azote alimentaire), mais aussi régime-dépendant (Smeding et al., en cours de publication). Bien que la digestibilité de la ration soit supérieure chez les animaux efficients avec deux régimes contrastés (De La Torre et al., 2019) nos résultats suggèrent que les mécanismes métaboliques à l’origine des variations individuelles de l’efficience alimentaire ne seront pas exactement les mêmes dans un régime cellulosique ou riche en amidon (Smeding et al., et Guarnido et al., en cours de publication).

3- Le projet CASDAR « ECOLAGNO » : la viande d’agneau, de l’élevage à l’assiette

EcolagnoLa filière ovine française cherche à conquérir de nouveaux consommateurs en répondant au mieux à leurs attentes. En effet, les achats de viande d’agneau ne représentent que 6 % des achats de viande des ménages, et 79 % des consommateurs de viande ovine ont plus de 50 ans. Dans ce contexte, de 2016 à 2020, le projet ECOLAGNO a eu pour objectifs de tester des pratiques d’engraissement d’agneaux innovantes et porteuses d’avantages agroécologiques et de les évaluer sous différents angles : 1) mesurer leurs impacts sur le plan zootechnique, 2) évaluer leurs incidences économiques, 3) apprécier leurs conséquences vis-à-vis de la charge de travail de l’éleveur 4) connaître leurs effets sur les qualités sensorielles et nutritionnelles des viandes, afin de ne pas les dégrader, et si possible les améliorer, 5) approcher l’acceptabilité par les consommateurs et les distributeurs des viandes d’agneau ainsi produites. Financé par le Compte d’Affectation Spéciale « Développement Agricole et Rural » du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (projet CASDAR IP 5560), piloté par l’Institut de l’Elevage, ce projet associait 7 autres partenaires : 2 organismes de recherche (INRAE UMRH de Theix et le CIIRPO, Centre Inter régional d’Information et de Recherche en Production Ovine), un établissement d’enseignement agricole (EPLEFPA – Etablissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricoles – de Digne Carmejane), ainsi que 4 Groupements d’Intérêt Économique (GIE), Organismes de Défense et de Gestion (ODG) ou assimilés (Agneau Fermier des Pays d’Oc, Association CESAR, GIE Ovin du Centre Ouest et GIE Ovins du Limousin).

Dix essais menés en stations expérimentales ont permis d’évaluer 3 conduites au pâturage (440 agneaux en essais) : la finition sur dérobées en fin d’automne et en hiver, la finition sur prairies en été et début d’automne et la finition sur luzerne (avec ou sans apport de céréales, avec ou sans apport de sainfoin) ; et 2 conduites en bergerie (300 agneaux en essais) : un sevrage tardif associé un foin de luzerne et l’incorporation d’extraits végétaux dans la ration afin d’améliorer l’indice de consommation des agneaux (Rivaroli et al., 2019 ; Legrand et al., 2018)

Des prélèvements de viande, réalisés sur 144 agneaux issus des essais du projet, ont permis la réalisation d’analyses nutritionnelles portant sur les constituants jugés les plus pertinents pour la viande (protéines, composition et teneur en lipides, vitamine B12, fer total et héminique, zinc et sélénium). Les résultats ont permis de compléter la table de composition nutritionnelle française du CIQUAL (Centre d’Information sur la Qualité des Aliments) pour la viande ovine crue avec des valeurs obtenues sur un grand nombre d’agneaux issus de types raciaux et conduites d’élevage variées représentatifs des modes de production de l’hexagone (Gruffat et al., 2020, Normand et Legrand, 2020). Ces données permettre aux professionnels de la filière ovine de mieux connaître et défendre leurs produits vis-à-vis de la concurrence étrangère.
En parallèle des analyses nutritionnelles, des enquêtes consommateurs, réalisées à partir de 279 agneaux issus des essais du projet visaient à évaluer l’acceptabilité de la viande d’agneau agroécologique par les consommateurs, l’impact de l’apposition d’une étiquette informant sur l’origine/la nature du produit sur les avis et perceptions des consommateurs et l’éventuelle plus-value liée à l’agroécologie escomptable pour la filière. Au total, elles ont impliqué 582 consommateurs amateurs de viande d’agneau de Nantes, Aix en Provence, Paris et région parisienne. Elles ont montré que l’agneau élevé selon des pratiques agroécologiques est porteur de plus-value, est assimilé aux agneaux vendus sous signe officiel de qualité, exprime des valeurs éthiques et morales et serait potentiellement payé 15 % plus cher que de l’agneau standard. En revanche, il pourrait être amélioré en bouche (tendreté) pour mieux renforcer la satisfaction des consommateurs (Legrand et al., 2018, Devincenzi et al., 2019).
L’ensemble des résultats du projet est consultable sur le site http://idele.fr/reseaux-et-partenariats/ecolagno.html.


CONCLUSION

En confortant le pôle de compétences et de références sur les productions allaitantes, l’UMT SeSAM permet de répondre aux attentes des acteurs des filières. Plusieurs niveaux de collaborations facilitent l’émergence de nouvelles pistes de recherche et de développement en lien avec le contexte et les enjeux de ces productions :
- les infrastructures de recherche (réseau des stations expérimentales, réseau européen développé dans le projet H2020 SmartCow) ;
- les partenariats de recherche avec d’autres UMT (tel que l’UMT e-BIS) et les Réseaux Mixtes Technologiques (par exemple, le RMT Prairie);
- les partenariats européens à travers des projets communs :
- un lien renforcé au niveau régional et national avec les organisations professionnelles et les acteurs des filières.
Dans les années à venir, l’UMT SeSAM s’attachera particulièrement à étudier l’efficience du couple mère-jeune ; à poursuivre les travaux sur l’engraissement des bovins avec des rations à base d’herbe ainsi que les liens entre niveau de précocité, conduites alimentaires et cinétiques de dépôts de gras ; à consolider une grille d’évaluation multicritères des systèmes de production allaitants en vue d’évaluer leur multiperformance.

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